1er septembre 2026

Une lettre ouverte aux étudiants juifs :Ne laissez jamais la haine vous définir


Chers étudiants juifs,

Je m’appelle Nate Leipciger et je suis un survivant de la Shoah âgé de 98 ans. Aujourd’hui marque le 87e anniversaire du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le jour qui a changé ma vie, ainsi que celle de tant d’autres personnes, à jamais. J’avais quinze ans lorsque les nazis ont déporté ma famille du ghetto vers Auschwitz-Birkenau. Mon père et moi avons survécu ensemble. La plupart des membres de notre famille n’ont pas survécu.

Alors qu’une nouvelle année académique commence, je vous écris parce que beaucoup d’entre vous retournent sur les campus en portant bien plus que des livres, des projets et des ambitions. Depuis le 7 octobre 2023, vous portez également le deuil, la peur, la colère et la douloureuse prise de conscience de la rapidité avec laquelle l’antisémitisme peut s’introduire dans des lieux qui promettent le savoir, l’ouverture et un sentiment d’appartenance.

Vous avez peut-être vu le meurtre et l’enlèvement de Juifs accueillis par des justifications, des célébrations ou le silence. Vous avez peut-être entendu d’anciennes accusations formulées dans un langage moderne, ou été sommés de répondre d’événements lointains avant même que quiconque ne vous demande si vous étiez en deuil, si vous aviez peur ou si vous étiez en sécurité. Certains d’entre vous se sont demandé s’ils devaient cacher une étoile de David, une kippa ou leur voix.

S’il vous plaît, souvenez-vous de ceci : vous n’êtes pas responsables de la haine dirigée contre vous.

Vous n’avez pas à dissimuler qui vous êtes pour mériter le droit d’avoir votre place.

Ne permettez jamais à ceux qui vous haïssent de vous définir.

L’antisémitisme a des habitudes reconnaissables. Il attribue une culpabilité collective aux Juifs, réduit les individus à des symboles et exige des Juifs qu’ils se justifient d’être juifs.

La blessure est particulièrement profonde sur un campus. Une université devrait être un lieu où les faits comptent, où les questions difficiles sont examinées avec honnêteté et où le désaccord ne se transforme jamais en intimidation. Critiquer n’importe quel gouvernement, y compris celui d’Israël, est légitime. Harceler ou exclure des étudiants juifs, célébrer la violence contre les Juifs ou exiger d’eux qu’ils renient une partie de leur identité n’est pas une critique. C’est de la discrimination.

Ne laissez personne vous imposer un faux choix entre votre identité juive et votre place dans le monde qui vous entoure.

Nate Leipciger lors de la Marche des Vivants 2026, tenant une pancarte manuscrite
Nate lors de la Marche des Vivants 2026 Photo : Kinneret Rifkind

L’identité juive n’est pas simplement une réponse à la persécution. Elle est l’héritage d’une foi, d’un attachement à l’étude, d’une famille, d’une créativité, d’une justice et d’une espérance. Depuis des millénaires, les Juifs étudient, questionnent, prient et s’épanouissent. Nous sommes définis par ce que nous créons et par ce que nous transmettons.

Apprenez à connaître cet héritage. Lisez l’histoire juive au-delà des persécutions. Demandez à votre famille de vous raconter son histoire. Entrez dans une synagogue, un centre d’étudiants juifs ou prenez place autour d’une table de Shabbat. Apprenez un mot en hébreu, une mélodie ou une page de texte. Plus vous saurez profondément qui vous êtes, moins un slogan aura le pouvoir de vous définir.

Personne ne devrait exiger de vous que vous niiez l’histoire juive, que vous reniiez le peuple juif ou que vous abandonniez votre lien avec Israël. Pour ceux d’entre nous qui ont vécu à une époque où les Juifs n’avaient aucun endroit sûr vers lequel se tourner, un foyer national juif n’est pas une abstraction. C’est une réponse à l’impuissance juive.

Les droits des Juifs ne sont pas une faveur particulière qui ne devrait nous être accordée que lorsque nous sommes appréciés. Comme je l’ai déjà dit : les droits des Juifs sont aussi des droits humains.

Soyez courageux, mais ne restez pas seuls. Retrouvez-vous. Soutenez le camarade qui a peur ou qui se sent isolé. Créez des alliances. Opposez-vous au racisme, à la haine envers les autres minorités ainsi qu’à toutes les formes de déshumanisation et de discrimination.

Tout aussi important, étudiez avec sérieux l’histoire juive afin d’être capables de faire face à tous les mensonges et à toute la propagande diffusés contre le peuple juif et l’État juif.

La fierté juive est plus forte lorsqu’elle s’accompagne de courage moral.

Je voudrais vous rappeler que, pendant la Shoah, de jeunes Juifs ont consenti au sacrifice ultime afin de préserver la dignité et l’honneur du peuple juif, en combattant jusqu’à la mort dans le ghetto de Varsovie et partout dans l’Europe occupée par les nazis.

Aujourd’hui, nous ne vous demandons pas de risquer votre vie. Mais soyez conscients que d’autres jeunes, du même âge que vous, mettent chaque jour leur vie en danger dans l’État d’Israël, pour défendre l’État juif et l’avenir du peuple juif.

Nate Leipciger témoigne devant des étudiants lors de la Marche des Vivants
Nate témoigne devant des étudiants lors de la Marche des Vivants Photo : Igal Hecht

Après tout ce dont j’ai été témoin, les gens me demandent comment je peux encore garder espoir. J’ai de l’espoir parce que j’ai vu la vie juive se reconstruire. Depuis près de trois décennies, je marche à Auschwitz aux côtés de milliers d’étudiants de la Marche des Vivants venus affirmer la vie juive. Je les ai vus écouter, apprendre et changer.

L’avenir de la vie juive passe entre vos mains.

Portez-le sans vous excuser, avec compassion et avec force. Vous appartenez à un peuple qui a survécu à l’exil, aux persécutions et aux tentatives d’effacement, et qui continue pourtant d’apprendre, de célébrer, d’aimer et d’espérer.

L’antisémitisme est ancien. Votre avenir ne l’est pas.

Bien sincèrement,

Nate Leipciger

Survivant de la Shoah et éducateur
Marche des Vivants (March Of The Living)

Nate Leipciger dans la baraque où il était détenu à Birkenau
Nate dans la baraque où il était détenu à Birkenau Photo : Ziv Koren

Nate Leipciger (98 ans)

Nate Leipciger est né à Chorzow, en Pologne, en 1928. Après l’invasion de la Pologne, les Allemands décidèrent de rendre Chorzow « Judenrein », c’est-à-dire vidée de ses Juifs. La famille de Nate fut contrainte de s’installer à Sosnowiec, qui devint un ghetto. À l’âge de 15 ans, Nate et sa famille furent déportés à Auschwitz, où Nate fut séparé de sa mère, Faigel Leah, et de sa sœur, Linka, qu’il ne revit jamais.

Nate se souvient que son père lui a sauvé la vie à deux reprises pendant leur détention. « Une fois, je me suis retrouvé dans la file menant à la chambre à gaz, mais mon père a réussi à m’en sortir et à me ramener dans le camp avec lui. Une autre fois, les nazis étaient sur le point d’envoyer mon père dans une usine en Allemagne, mais il a convaincu un officier que j’étais un électricien compétent, et ils m’ont donc autorisé à accompagner mon père. »

Nate a survécu à la marche de la mort ainsi qu’aux camps d’Auschwitz-Birkenau, Funfteichen, Gross Rosen, Flossenberg, Leonberg, Muhldorf am Inn et Waldlager, deux sous-camps de Dachau. Nate et son père furent libérés le 2 mai 1945 par les troupes américaines.

Nate a immigré au Canada en 1948, où il a épousé Bernice et a eu trois filles, puis 16 petits-enfants et 12 arrière-petits-enfants.

Nate a participé 22 fois à la Marche des Vivants de Toronto, plus que tout autre survivant de la Shoah vivant dans la diaspora. Lors de ces voyages, Nate conseille aux jeunes de ne pas garder de haine dans leur cœur.

« Vous ne pouvez pas avoir de haine dans votre cœur sans éprouver de haine envers vous-même... Lorsque vous êtes rempli de haine, vous devenez amer, vous en voulez à tout et cela finit par faire partie de votre nature. »